dimanche 4 mars 2012

Chaises vides... dont celle du prof


Il aime choquer un peu, Christophe Etemadzadeh. Il a raison. Sur l'école d'aujourd'hui et la difficulté à être prof, on a à peu près dit tout et son contraire. Restait comme fenêtre de tir le pseudo-journal d'un jeune prof, livré évidemment - ça n'étonne plus - en pâture aux collégiens d'une banlieue difficile. Peu importe la ville, le collège, les collègues. Tout ici est catégorisé, désigné sous des vocables passe-partout ou, dans le cas des élèves, avec des prénoms très communs. D'abord, le narrateur Victor nous l'indique sans détour. Il est devenu prof par paresse et a dès lors absolument tout fait pour quitter au plus vite cette funeste non-vocation. A commencer par la dernière année d'IUFM, où il a flanché et est resté dans ce qu'il nous dépeint comme une grande mascarade, malgré des velléités de départ. Si les élèves sont le diable incarné, nés pour pousser à bout le pauvre prof qui voudrait seulement faire son cours - et encore, à peine dans le cas de ce Victor nullement investi par la mission - il en va de même pour les autres profs, moutons abrutis et suffisants, prisonniers volontaires d'un langage alambiqué qui les fait se sentir importants, de même aussi pour les impuissants membres de la direction des établissements. Au milieu de ce grand n'importe quoi qu'on continue à appeler "Ecole", Victor, malgré lui, donne quelques éléments d'espoir... qu'il ne décrit pas comme tels. Qu'il analyse et commente à peine, d'ailleurs. Cet élève un peu lunaire épris d'une "grognasse" qui s'en ouvre par un bel écrit pur (!) à son prof, ces fiches de début d'année où tous envisagent des carrières éclatantes (médecin, avocat, etc.), et puis tous ces abrutis de profs qui y croient encore, qui s'impliquent encore corps et âme, cette institution titubante mais toujours à peu près debout... Ces explications, finalement, même si elles ne sont pas vraiment amenées ainsi : l'absence totale d'horizon, professionnel ou culturel, de ces jeunes-là, qui se ressent cruellement jusque dans leur acception des environs de leur banlieue. Le prof, qui fait une heure de train pour venir leur faire cours, ils le regardent comme s'il était un extra-terrestre. Ils vivent la banlieue... de Paris, où ils ne mettent jamais les pieds. Les frontières du monde se sont rétrécies pour tous, pas pour eux.
Finalement, ce livre est un peu agaçant, à le raconter comme ça... Mais s'il y a bien une qualité à ce petit ouvrage lu en une ou deux heures, avant de dormir, la fenêtre ouverte sur une nuit assez étouffante, c'est bien les libertés savoureuses que le narrateur prend avec la langue pour injurier carrément élèves, profs, institution, etc. Lire sous la plume d'un prof, fut-il défroqué depuis, les envies de crime et les scénarios meurtriers qu'il s'invente mentalement, c'est vraiment bon...

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