Dépassés, les journaux intimes. Et puis si difficiles à conserver. Après quelques tentatives infructueuses du fait de mon absence d'assiduité, je reviens à la charge. Avec un blog. Pour l'instant, c'est mon petit univers à moi. Vous n'y viendrez que plus tard, je pense.
Alors en fait, pour ce qui nous occupe toi et moi présentement, tout a commencé il y a quelques minutes, en sortant du cinéma. Une salle estampillée Art et Essai, qui jouait encore Des Hommes et des dieux. Un Grand Prix à Cannes qui m'a bouleversée, ou plutôt devrais-je dire un Xavier Beauvois qui m'a bouleversée, mais ce serait un pléonasme. Je me souviens avec fièvre de N'oublie pas que tu vas mourir, sorti l'année de mon bac ou presque, qui m'a tellement marquée, à l'âge où l'on a besoin de tels étendards. Entretemps, Xavier Beauvois a vieilli. Moi aussi. Il me plaît toujours et c'est tant mieux.
J'ai pleuré, bien sûr. Je n'ai plus peur de pleurer au cinéma, ou quasiment plus. Après tout, c'est bien pour l'émotion que nous sommes là. L'émotion, le sentiment, c'est ce qui nous distingue des autres espèces en ce bas monde. Alors je les revendique et j'essaie de les vivre. J'aurai bien l'occasion d'y revenir, mais mon credo est que la sensibilité n'est pas une faiblesse, bien au contraire.
Me voilà donc, farfouillant dans mon sac à main posé sur le siège d'à côté - la salle d'un cinéma d'art et d'essai, le dimanche après-midi, est loin d'être pleine - pour trouver un mouchoir providentiel. Or, la veille au soir, dans une autre salle obscure, celle d'un grand complexe urbain cette fois, j'accomplissais le même geste. A ceci près que mon sac à main était posé par terre, à mes pieds, la salle étant absolument comble. J'avais d'ailleurs dû me rabattre, en désespoir de cause, sur la pire place qui soit : premier rang, extrême-droite. Oui, j'ai honte.
L'épanchement lacrymal d'hier soir, le samedi c'est permis, c'était pour les Petits Mouchoirs de Guillaume Canet. L'enfant chéri du cinéma français que tous les garçons abhorrent. Belle gueule de voyou, yeux plissés de canaille, il n'en faut pas davantage pour faire frémir les filles. Dont moi, hein, j'avoue. C'était sympa ce film. A voir parce que toute la France va s'y ruer et que c'est toujours mieux d'avoir un avis en connaissance de cause. Et puis vraiment, rien que pour François Cluzet, il faut y aller. Mais (ATTENTION SPOILER) l'enterrement à la fin, trop facile. Et puis zou ils se prennent dans les bras et envoie le générique de fin. Bof. Je me suis ruée sur l'article des Inrocks qui évidemment détestent. Ils ont raison sur toute la ligne : marre de voir Marion Cotillard chouiner, marre du comique de - trop de - répétition sur le con d'Antoine qui fait chier tout le monde avec les textos de son ex. Et puis ce que Caouic avait décelé - mais pas moi, il est fort ce Caouic - c'est le choix "facile", a-t-il estimé, du Cap Ferret pour tourner. "Le rendez-vous des stars." Les Inrocks précisent que Nicolas Sarkozy y passent ses vacances d'été, moi j'avais oublié !
Cet après-midi, avec les moines de l'Atlas, rien de facile, ni téléphoné ni prévisible. Un comble puisque tout le monde a bien eu le temps de se rencarder sur le fait divers qui les a vus tous mourir, sauf deux. Ça peut paraître lent, ce décor qui se plante. Les paysages magnifiques, la lumière d'automne douce sur toutes choses, le village attachant, la personnalité complexe de tous les moines... L'accomplissement des rituels quotidiens et puis des tâches de chacun. Et puis la beauté du paysage contamine, aux yeux du spectateurs, les liens entre tous. Les moines et les villageois, les moines entre eux surtout. Personne ne peut sortir d'une telle projection sans avoir profondément compris le sens hyper-approprié, dans ce cas, du mot "frère". Ils ne sont pas tout à fait une famille, ni tout à fait des collègues, mais ils sont un tout composé d'éléments différents, disparates. Le péril terroriste ne les divise pas vraiment, puisqu'ils débattent, justement, se soutiennent mais font aussi, comme écho à leur condition choisie, l'expérience de la solitude. Ils sont face à la teneur première de leur engagement. C'est beau, un homme responsable qui fait son choix. Envers et contre tout. J'ai une préoccupation, une admiration, un intérêt particuliers pour la religion et, entre autres, les reclus. Ce film m'a aidée à comprendre encore mieux le sens d'un tel choix. Aussi les larmes que j'ai lâchées pendant leur cène, pendant le Lac des cygnes tellement commenté, elles venaient de beaucoup, beaucoup plus loin que celles de l'enterrement de Ludo, la veille au Pathé. "Des tripes", a avancé Caouic. Oui, ce doit être cela.
Il y a donc plein de manières de pleurer au cinéma.
Finalement, il n'y aura peut-être pas besoin de gloser autant après coup : tout était déjà dans le titre. Des Petits Mouchoirs pour des pleurs qui ne porteront pas à conséquence et se tariront rapidement ; Des Hommes et des dieux, avec une typographie éloquente, capitale pour les hommes (nom commun du titre), pas pour les dieux (au pluriel ce mot n'en a pas).
Sur ce, je vais faire des endives au jambon.
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