dimanche 4 mars 2012

Sous la jupe, le malaise


J'avais la conviction chevillée au corps, de longue date, qu'après s'être battues pour porter le pantalon, les féministes poursuivaient leur combat en optant pour la jupe. C'est un des nombreux messages, ou plus précisément c'est l'un des nombreux constats de La Journée de la jupe. Bien sûr, Adjani est parfaite. On le savait déjà. Les jeunes, non professionnels, sont plus épatants encore dans leurs propres rôles, assez composés.
C'est dérangeant, oui, d'entendre ces mots, de voir ces images, cette violence perpétuelle, ces rapports de force, ces menaces continues... Pourtant, et là je prends parti, je crois que ce film est malheureusement très représentatif, nature, brut, vrai. En parcourant la Toile, je m'attendais à des commentaires dithyrambiques. Et bien pas du tout. Je suis d'abord tombée sur des articles pourrissant le film, sur des posts de spectateurs outrés devant tant d'"islamophobie". Je crois qu'ils n'ont rien compris. Ne pas reconnaître la réalité de ce qui se passe dans certaines salles de cours ne réduira jamais le problème. Le film est si précis, justement, qu'il montre bien que sur une classe entière, les vrais perturbateurs ne sont que deux. Les crapules. Les méchants. Et encore. Le tour de force du film est que tous les personnages, y compris les spectateurs, sont tour à tour victimes et bourreaux. Si aucune solution, certes, n'est avancée, au moins le problème est posé dans les grandes largeurs : les banlieues qui flambent, ces mondes parallèles, ces enfants perdus, sont mis en perspective par l'histoire, la société et ces valeurs essentielles questionnées (liberté, égalité, fraternité, intégration, laïcité, etc.) qui manquent si cruellement  à ceux qui sont, finalement, les plus grandes victimes de ce film douloureusement plus vrai que nature...
J'écrivais quelques lignes plus haut que le spectateur lui aussi oscille entre statut de victime et de bourreau. Victime lors des scènes de violence, dans ce huis-clos étouffant à la pression perpétuelle ; bourreau quand il jouit à contempler Adjani se venger, enfin, de tous ces sales gosses pervertis et mutants qui l'ont tellement malmenée. C'est facile, de savourer une manière de vengeance : au bout d'une minute, la catharsis a cessé de faire effet. La violence, continue et qui va crescendo, ne résoud rien. Ne résoudra jamais rien.
Un aspect essentiel, puisque c'est bien dans le cadre des animations pour la semaine de la Femme que j'ai pu voir ce film : le féminisme y est omniprésent, il est la toile de fond de la culture (bafouée), de la transmission (impossible), de l'histoire (cruelle), des parcours personnels de la prof et de ses élèves (qui se croisent plus qu'on ne croirait). Je me dis enfin, j'ai dit à M. Caouic qui a partagé mon émoi, que le statut de la femme est un indicateur, sinon l'indicateur, pour juger une société. La rage au coeur - pour reprendre le titre de l'ouvrage d'Ingrid Bétancourt, désapprouvée depuis - je suis heureuse et fière d'être une femme.

Rue89 estime qu'il y a là triple imposture, et ça me fait mal. Surtout dans le dernier paragraphe et au vu des récents événements (Marine Le Pen en tête des sondages pour la prochaine présidentielle)...

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