C'est prégnant dans tous ses films, mais aussi dans la régularité avec laquelle il les réalise, dans ses obsessions de New York, de l'humour, des Juifs... Mais finalement, Woody Allen n'aime vraiment, très probablement, qu'une seule chose (à part sa mère la plupart du temps, ce qui explique les années de psychanalyse) : le cinéma. Et son film qui en rend sûrement le mieux compte n'est vraiment pas le plus connu, loin s'en faut. La Rose pourpre du Caire entretient une petite aura parmi les initiés, pas davantage.
Tout y est : l'héroïne personnellement très proche dans la vie, personnalité bébête et éthérée, rêveuse et abusée ; le fantastique, cadeau que Woody se fait à lui-même, ce qui arrive rarement dans son oeuvre, comme s'il s'éclatait vraiment au mépris de la vraisemblance trop prisée par les fâcheux ; le jeu entre deux réalités, l'une réelle et tangible et la seconde cinématographique et les questions que cela entraîne ; la fin cynique jusqu'à la dernière seconde qui peut être interprêtée de diverses manières.
Il faut voir ce film où l'héroïne (piètre héroïne) passionnée de cinéma voit un beau jour le vrai héros du film qu'elle regarde sortir de l'écran pour venir jusqu'à elle et lui faire une déclaration d'amour. C'est précisément ce à quoi rêvent toutes les filles au cinéma, sans pourtant l'avoir jamais imaginé précisément de cette façon. Peut-être parce que le rêve de cinéma nous voit plutôt pénétrer le décor et l'intrigue en quittant notre vie ordinaire ; là, Woody jette le héros du film dans le film dans la première strate imaginaire, celle où évolue son héroïne à lui (comme c'est compliqué à expliquer, une mise en abyme !). Le héros est-il aussi habile dans la vraie vie, celle des années 30 où sévissent crise et chômage ? Notre nunuche d'héroïne va-t-elle vivre le rêve jusqu'au bout ? Qui est le meilleur acteur, finalement, là-dedans ?
Woody jour sur les doubles sans lasser, avec sa truculence habituelle et passionnante. J'aime à croire qu'il tient à ce film un peu plus qu'aux autres... Ne serait-ce que pour cette affiche, qu'il suffit de contempler pour que des tonnes d'histoires viennent en pensée...
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