dimanche 4 mars 2012

Sonia, imbécile heureuse


Comment vous expliquer ? Comment vous faire comprendre ce qui m'a amenée à être pétrifiée sur un fauteuil pourpre, dans un théâtre, sanglotante ?
Au début, j'ai entendu parler d'un texte de la petite-fille de Tolstoï, d'un appartement reconstitué et de l'histoire d'une femme simple. Alors j'y suis allée.
Sur la scène, un petit intérieur douillet et soigné. Celui de Sonia, Moscovite pendant la Seconde Guerre mondiale. Deux voleurs s'introduisent chez elle. Pendant qu'ils pillent le logement, ils tombent sur des lettres. Ils vont reconstituer l'histoire de celle qui vivait là. Pour mieux l'incarner, l'un des deux malfaiteurs passe ses vêtements, son maquillage, ses chaussures, virevolte de la cuisine à l'armoire... On le verra jouer avec une collection de poupées, se préparer pour sortir, préparer un gâteau au chocolat et un poulet, écrire à un amoureux imaginaire.
Car voilà le drame de Sonia : simple d'esprit, étrangère à l'hypocrisie des conventions sociales, elle fut l'objet d'une mauvaise blague qui dura toute sa vie. Certaines de ses connaissances lui envoyèrent, pendant des annés, des lettres se faisant passer pour un voisin épris mais emprisonné dans une famille à laquelle il ne pouvait se soustraire. Sonia y crut tout du long. Sa foi est totale, pure, oublieuse d'elle-même. Elle est belle. Elle la rend attachante, elle qui est devant nos yeux incarnée par un gros bonhomme travesti ! Et pourtant, du fond de son mutisme flamboyant - c'est son comparse qui raconte l'histoire - il nous fait y croire, à fond.
On passe du rire aux larmes, comme le dit la formule consacrée. Quant à la fin, bouleversante au possible, elle m'a convaincue qu'une simplette trompée peut être plus heureuse qu'une rouée clairvoyante.

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