dimanche 4 mars 2012

Le "projet Pépé"


Si je m'agite dans tous les sens, avec des cahiers, des carnets, un boulot partiellement d'écriture, des post-its partout et maintenant (manquait plus que ça) un blog, c'est parce que j'ai la phobie d'oublier. J'ai écrit un truc à 14 ou 15 ans d'ailleurs, que j'aime bien, qui me fait considérer avec bienveillance et tendresse la fille que j'étais alors. Or là, le péril de l'oubli nous guette, mes proches et moi. Rien de très original : la maladie d'êtres chers, qui nous font appréhender les choses d'une manière différente. L'un a le mal bien tangible au creux du ventre, l'autre est envahie par une langueur évanescente propice à l'oubli des choses les plus quotidiennes. C'était le moment ou jamais, même si je trouve cela très limite au vu de la cause profonde de la démarche, de me booster enfin pour mettre en oeuvre un projet imaginé il y a plusieurs années.
Plusieurs constats : ils sont nés grosso modo dans le premier tiers du XXème siècle, ils ont été témoins d'un bond équivalant à des siècles en termes de société et de vie quotidienne, ils ont vécu la Seconde Guerre mondiale alors qu'ils étaient encore enfants, ils sont la source de mon histoire. Alors voilà :  hier, je suis allée acheter un dictaphone chez Darty et j'ai filé chez eux. Après les conversations ordinaires et le café, j'ai mis en route ma petite machine. Et je leur ai demandé de me raconter leur histoire. Sur le ton de la conversation, en posant quelques questions mais en les laissant digresser. On a commencé avec Lui. J'aurais pensé qu'il serait intimidé, pas si volubile que d'habitude. Et bien pas du tout. Elle commentait parfois. J'aurais pensé aussi voyager moins vite dans les décennies : en un peu plus d'une heure, nous avons survolé vingt-cinq ans, et même un peu plus. Il ne m'a pas parlé de la guerre, sur le fond, ni de sentiments, sur la forme. Parce que son enfance en a été dénuée, Elle l'a confirmé. Quand ce sera son tour à Elle de se raconter, il en sera autrement.
Quand je leur ai proposé ce projet, il y a une quinzaine de jours, nous étions en voiture. Je ne savais pas comment leur amener la chose, comment leur justifier ma démarche. J'ai prétexté un concours. C'est nul, je m'en veux. Mais ils n'ont pas relevé, à vrai dire. Aussitôt, Lui m'a raconté, spontanément, que la première où il est sorti de son village, il avait 20 ans et c'était pour aller au cinéma avec son frère, à pied. Leur mère leur avait donné de l'argent qu'ils ont perdu en route, si peu accoutumés à posséder du numéraire... C'était vertigineux. J'ai eu envie que Miss Ck et Miss PoOn comprennent cela, et nos cousins avec. Sinon ? Sinon il ne serait resté que la douleur impuissante, et peut-être pire que tout encore, la lobotomie progressive et irrévocable de l'oubli ! Alors au boulot...
En chemin vers chez Eux hier, Matthieu Vidal a choisi un titre évocateur pour rythmer son émission sur France Inter. J'ai toujours adoré cette chanson (souvent écoutée fort en braillant le refrain) et hier, ses paroles m'ont semblé nouvelles.

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