dimanche 4 mars 2012

Il était une fois... un chef-d'oeuvre


Parfois, on n'est pas prêts à accueillir certaines oeuvres d'art. Une question d'âge, d'influences, d'environnement. Enfin, d'âge, surtout. Hier soir, le hasard de la zappette désoeuvrée nous a placés, Monsieur Caouic et moi-même, devant l'un des chefs-d'oeuvre, sinon le chef-d'oeuvre, de Sergio Leone : Il était une fois dans l'ouest. J'ai vu ce film plusieurs fois, au cours desquelles on a tenté de m'en faire ressentir toute l'épaisseur, tout le génie. C'était il y a une dizaine d'années, je n'étais pas préparée, il faut croire, à considérer Leone pour ce qu'il est.
Les onze premières minutes du film, totalement muettes, sont une manière de générique sensible dans le sens où il fait appel à tous les sens. Chaque bruit, chaque gros plan est un élément constitutif d'un monument qui envoûte, hypnotise, et pose là un tableau carrément dramatique. Le ballet d'une mouche sur le visage barbu d'un personnage, la trogne d'un autre flanqué d'un strabisme approprié, le son d'une éolienne grinçante... Autant de minuscules éléments qui viennent troubler le calme étrange et oppressant de cet ouest poussiéreux, écrasé par le soleil et en passe d'être traversé par le chemin de fer. Le personnage le plus énigmatique de cette histoire, dont on ne connaît pas le nom et est désigné pendant tout le film par "L'Harmonica", est tel la mouche, le son récurrent de l'éolienne ou les gouttes qui tombent, régulières, sur le chapeau d'un des cow-boys : il arrive d'on ne sait où, avec des motivations inconnues, et s'emploie à empêcher de tourner en rond le caïd du coin. Le souci de précision inonde aussi la musique du film, qui existe par elle-même grâce à Ennio Morricone... Chacun des personnages principaux a son thème, qui revient dès qu'il est à l'écran.
La violence de ce caïd, qui tue un enfant qui le regarde droit dans les yeux, dans ciller. La violence de la  nature, que ces nouveaux Américains entreprennent de maîtriser pour construire les prémices de la civilisation que l'on y connaît encore aujourd'hui. La violence de ce monde d'hommes vis-à-vis des faibles, à commencer par les femmes. Et, face à toute cette violence, la beauté et la douceur d'une femme de tête, ancienne pute, au grand coeur, qui ne s'émeut pas et ne s'en laisse pas compter. Oui, il y a tout dans ce film, fondateur du genre western spaghetti : la violence et la douceur, la nature et la "culture" (ou, plutôt, la civilisation), les chevaux et le chemin de fer, les gangsters sans foi ni loi et les premiers urbains se fondant sur le commerce et les règlements, des foules et deux ou trois solitaires chroniques... Esthétiquement parlant, les travellings de Il était une fois dans l'ouest coupent le souffle, tout simplement. Avec la musique, on se sent complètement porté par l'image, par les paysages, par le mouvement de caméra.
Il y aurait tant à dire sur ce monument... Il y a encore plus à voir : les deux autres volets de "Il était une fois" : en Amérique, plus romantique, et la Révolution, plus rigolo. Mais cet Ouest-là, qui mêle âprement mais non sans humour la grande Histoire du chemin de fer (ses conséquences, ses potentialités) de la plus intelligente manière et la "petite" histoire d'une vengeance éblouissante, gardera probablement notre préférence...

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