dimanche 4 mars 2012

Insultes au public


Le deal était connu d'avance : ce ne sera pas un spectacle ordinaire, avec une histoire, des acteurs à leur place sous les projecteurs et un public bien installé dans l'obscurité d'une salle anonyme. Non, là, on nous accueille à l'entrée du théâtre pour nous expliquer comment cela va se passer : on va monter sur scène, oui, sur scène, où l'on viendra prendre nos manteaux et autres sacs ; puis l'on prendra place sur un pouf où l'on viendra nous distribuer des écouteurs. Soit. Le spectacle commence quand ? En fait il ne commence jamais. Ou plutôt, il a commencé quand on s'est préparés à venir au théâtre, pourrait-on dire. Pendant une heure et demie, cinq acteurs, sans costume ni décor, sur un plateau nu, vont déambuler autour et entre les spectateurs médusés, en déclamant un texte de Peter Handke, grand dramaturge qui a écrit ce texte singulier à l'âge de 23 ans ! L'âge des possibles, encore, l'âge où les révoltes sont constructives. Son propos, à l'origine, était intitulé Outrage au public. Le titre a été changé et ce n'est pas plus mal : les deux soirs où la compagnie Akté a "joué" ce texte dans ma ville, on était une salle - ou plutôt un plateau - comble à vouloir se faire insulter. Parce que, admettez, ça titille, un titre pareil. Et puis Peter Handke, tout de même...
La conversation qui a suivi la non-pièce nous a posé devant les acteurs qui parlaient de leur travail sur le texte : ils le connaissent tous par coeur et il n'y a pas de rôle, pas de distribution. D'ailleurs ils répètent à l'envi, pendant le "spectacle", que ce n'est pas une pièce, que notre envie d'imaginaire ne sera pas assouvi, que notre petit manège ayant consisté à faire garder les enfants, dîner tôt, se préparer et venir au théâtre n'a pas servi à grand chose ce soir en termes de catharsis, etc. On les intéresse en tant que public, masse informe nécessaire au théâtre. Finalement, on était un peu le décor, peut-être. 
Au final, une heure et demie de réflexion intense sur le théâtre, le spectacle, les rôles de chacun (l'acteur, la scène, le public) et... aucune émotion. On n'est pas là pour ça. 
Et bien sûr, à la fin du propos, des insultes. Pourquoi ? J'avoue ne pas avoir compris franchement. Un point d'orgue au fait de nous avoir déstabiliser physiquement en nous plaçant sur scène, puis affectivement en ne nous ayant donné aucun grain imaginaire à moudre pour enfin terminer par nous ébranler cette fois très concrètement en nous insultant, nous donnant le dernier petit coup à une morale sur laquelle personne n'est dupe.

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